Culture

Lectures d’octobre / novembre / décembre

Je l’avoue, j’ai un peu arrêté de lire pendant quelques temps, entre les voyages, le travail et le boulot à faire pour l’université, c’était un peu chaud. Mais je m’y suis remis (enfin !), et lire me détend toujours autant !

  • La servante écarlate (the Handmaid’s Tale), Margaret Atwood

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Je n’ai lu ce livre que très récemment (en octobre). J’en avais beaucoup entendu parler, alors j’ai sauté le pas et je l’ai ajouté à ma pile de livre (qui ne cesse de s’agrandir).

Résumé : «Il nous est interdit de nous retrouver en tête à tête avec les Commandants. Notre fonction est la reproduction. […] Rien en nous ne doit séduire, aucune latitude n’est autorisée pour que fleurissent des désirs secrets.» Dans un futur peut-être proche, dans des lieux qui semblent familiers, l’Ordre a été restauré. L’État, avec le soutien de sa milice d’Anges noirs, applique à la lettre les préceptes d’un Évangile revisité. Dans cette société régie par l’oppression, sous couvert de protéger les femmes, la maternité est réservée à la caste des Servantes, tout de rouge vêtues. L’une d’elle raconte son quotidien de douleur, d’angoisse et de soumission. Son seul refuge, ce sont les souvenirs d’une vie révolue, d’un temps où elle était libre, où elle avait encore un nom. Une œuvre d’une grande force, qui se fait tour à tour pamphlet contre les fanatismes, apologie des droits de la femme et éloge du bonheur présent.

J’ai adoré ce livre. Les dystopies très bien écrites, j’adore ça. On s’attache à la narratrice, dont on ne connaît pas le vrai nom. Enfin si, mais c’est dit de façon très subtile. Ou vous le connaissez déjà si vous avez la série sur Netflix.

Pourquoi est-ce un livre à avoir dans sa bibliothèque ? Tout d’abord, parce que c’est une dystopie. J’aime quand on me plonge dans un univers que je ne connais pas, si terrifiant soit-il. Parce que oui, cette dystopie fait peur. Une secte religieuse, « les Fils de Jacob », a pris le pouvoir et a créé un régime totalitaire aux Etats-Unis. A cause des déchets toxiques, le taux de natalité est très bas. Les femmes sont divisées en 3 catégories : les Epouses, seules femmes qui ont du pouvoir, les Marthas et les Servantes écarlates. Ces dernières sont juste là pour la reproduction, elles sont devenues des esclaves sexuelles. A part les Epouses, les femmes n’ont plus le droit de conduire, de lire, de travailler, etc. Même que Defred, notre narratrice renommée comme appartenant à Fred (le Commandant), va faire les courses avec une autre Servante écarlate, tout est décrit comme étant misérable. La société est devenue mécanique : il faut aller ici à telle heure, etc. Mais ce livre ne fait que décrire ce qui se passe dans certains pays du monde actuel, alors qu’il a été écrit en 1985. Il raconte même la perte des droits des femmes aux Etats-Unis, et c’est ce qui est en train de se passer avec les lois sur l’avortement en ce moment.

Les personnages ont de la profondeur, ils ne sont pas des coquilles vides. On s’attache à June/Defred, et on éprouve de la sympathie pour elle. Le commun des Servantes écarlates est dur. Mais je crois qu’on s’attache encore plus à June une fois qu’on découvre son passé. Le récit est coupé par des flashbacks de la vie de June avant qu’elle ne devienne une Servante écarlate, quand elle avait un mari, Luke, une fille, et son amie Moïra. Ce que j’aime encore plus dans ce roman, c’est qu’on ne sait pas ce que June devient : à la fin du roman, elle se fait emmener par les rebelles (on ne sait même pas si c’est vrai), et plus rien.

Le dernier chapitre est une conférence sur ce qu’il s’est passé sous le régime totalitaire des Fils de Jacob, où un historien parle du récit de June. C’est une espèce de compte-rendu sur le livre, et ça nous laisse imaginer ce qui a pu arriver à June. Le livre finit sur une part de mystère, et c’est ce que j’ai adoré.

Bref, un classique à avoir dans sa bibliothèque.

  • La fille sous la glace (the Girl in the Ice), Robert Bryndza

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Roman policier de France Loisirs, il est agréable à lire. Son histoire est sympa, on s’y prend vite, même si on l’a déjà vue. Les personnages sont casse-pieds (expression préférée de mes élèves en ce moment, alors il faut bien que je la sorte), mais on s’attache quand même au personnage principal, ainsi qu’à quelques enquêteurs.

Résumé : La glace a immortalisé sa jeunesse, sa beauté… et son mystère : qui était vraiment Andrea ? Victime ou manipulatrice ? Encore marquée par la mort en service de son mari, l’inspectrice en chef Erika Foster découvre son nouveau poste dans un commissariat de Londres. Premier jour, première affaire et non des moindres : le corps d’Andrea Douglas-Brown, fille d’un riche industriel, a été retrouvé dans le lac gelé du Horniman Museum de Forest Hill. Que faisait la jeune femme mondaine dans ce quartier mal famé ? Effondrée par la disparition d’Andrea, sa famille semble pourtant redouter ce que l’enquête pourrait dévoiler d’eux. Hasard ? Vengeance ? Crime passionnel ? Pour faire éclater la vérité, Erika Foster devra faire la lumière entre règne des apparences et sombres secrets.

L’histoire commence comme un épisode d’Esprits Criminels : on nous fait comprendre qu’Andrea Douglas-Brown va se faire tuer. C’est évident : pas de meurtre sans polar. On a même un indice sur le meurtrier : ses chaussures (« une paire de chaussures de sport. Chères »). En clair, c’est quelqu’un qui en a dans le porte-monnaie.

On suit donc Erika, qui essaie de résoudre cette enquête compliquée alors qu’elle se remet à peine de la mort de son mari, lui aussi policier. D’ailleurs, gros problème chez les personnages qu’on mentionne : le mari d’Erika lui a sauvé la vie au prix de la sienne, et les autres sont en colère parce qu’il est mort. Ils ne devraient pas être contents qu’Erika soit en vie ? Il faut changer d’amis et de collègues, ma vieille ! Bref, au moins, ce personnage a de la substance : elle est déterminée, un peu dépressive par moment, casse-cou. Elle a du cran. Mais c’est malheureusement bien la seule, puisque le reste des personnages n’a pas de personnalité. Le Chief Superintendant change d’avis comme de chemises et préfère ne pas brusquer les familles qui ont du pouvoir en dépit d’accuser un innocent… Hello corruption ! Et les enquêteurs sont presque effacés. C’est un des reproches que je ferai à ce livre : je veux bien que l’auteur veuille montrer la corruption de la police, mais il devrait donner de la profondeur à ses personnages, parce que certains sont de vraies coquilles vides ! C’est dommage.

Après l’histoire en elle-même est bateau, mais au moins elle se tient et elle est bien racontée. On est tenu en haleine, on se trompe, on se questionne. Surtout quand l’affaire prend un autre tournant : elle est liée à d’autres affaires plus anciennes. On a donc affaire à un tueur en série. J’ai quand même été pu surprise par l’identité du meurtrier.

La seule chose, autre que l’histoire, qui m’a fait rester jusqu’au bout, c’est la dénonciation de la corruption, et l’implication et l’utilisation de la presse. Jusqu’où peut-on aller pour faire plaisir à certaines personnes, en dépit des droits moraux ? Le pouvoir qu’a l’argent sur la police est impressionnant : ils préfèrent faire inculper un innocent plutôt que brusquer une des familles les plus riches de Londres. Et aussi pour satisfaire la presse.

Bref, c’est un livre sympa à lire.

  • Mille soleils splendides (a Thousand Splendid Suns), Khaled Hosseini

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L’auteur qui m’a tant fait pleurer avec Les Cerfs-volants de Kaboul revient en force avec ce livre. C’est une des mes amies qui me l’a offert pour mon anniversaire, et je n’ai pas pu le poser. J’étais tellement plongé à l’intérieur que je m’énervais dès que quelqu’un me parlait pendant que je lisais. Je crois que je l’aime encore plus que le premier.

Résumé : Après l’immense succès des Cerfs-volants de Kaboul : le nouveau roman de Khaled Hosseini. Sur fond de chaos et de violence dans un Afghanistan déchiré par cinquante ans de conflits, l’histoire bouleversante de deux femmes dont les destins s’entremêlent, un chant d’amour poignant à une terre sacrifiée et à une ville : Kaboul. Forcée d’épouser un homme de trente ans son aîné, Mariam ne parvient pas à lui donner un fils. Après dix-huit années de soumission à cet homme brutal, elle doit endurer une nouvelle épreuve : l’arrivée sous son propre toit de Laila, une petite voisine de quatorze ans. Enceinte, Laila met au monde une fille. D’abord rongée par la jalousie, Mariam va finir par trouver une alliée en sa rivale. Toutes deux victimes de la violence et de la misogynie de leur mari, elles vont unir leur courage pour tenter de fuir l’Afghanistan. Mais parviendront-elles jamais à s’arracher à cette terre afghane sacrifiée, et à leur ville, Kaboul, celle qui dissimulait autrefois derrière ses murs « mille soleils splendides » ?

Ce que j’en ai pensé ? Ce livre est une perle. Tout comme avec Les Cerfs-volants de Kaboul, on en apprend plus sur l’Afghanistan, sur les occupations, la guerre et la montée de l’Islam radical.

La moitié du livre nous raconte l’histoire de Mariam, puis celle de Laila : leur enfance, leurs similarités mais aussi leurs différences. Mariam est née hors mariage à Hérat, elle est donc considérée aux yeux du monde comme une bâtarde. Quand sa mère se suicide, son père la marie de force à un homme 30 ans plus âgé, poussé par ses femmes et par l’envie de préserver son honneur. Laila, quant à elle, est née et a passé toute son enfance à Kaboul, elle est allée à l’école sous l’occupation russe, a un meilleur ami/amant du nom de Tariq, etc. Elle vit le quotidien de la guerre, au point où elle voit son meilleur ami s’enfuir vers le Pakistan pour sauver ses parents et lui-même, ayant déjà perdu une jambe. Mais tout bascule quand une bombe tombe sur sa maison, tuant ses parents. Rachid et Mariam, ses voisins, l’accueillent chez eux, et Rachid met en place toute une mise en scène pour épouser Laila, allant jusqu’à payer un homme pour qu’il raconte la mort de Tariq. Laila accepte d’épouser Rachid, afin de sauver l’enfant qu’elle porte. On suit alors l’évolution de la relation entre Mariam et Laila : rivales au départ, leur relation se construit jusqu’à ce qu’elles deviennent comme mère et fille.

Cela permet aussi de nous montrer le contexte et l’évolution de la guerre.  On la voit surtout pendant l’enfance de Laila, mais la violence et la perte des droits des femmes montent encore plus après que Laila se marie avec Rachid. L’horreur de la guerre est présente dans pratiquement tout le livre, et on vous donne l’impression d’y être. Tous ces morts, toute cette violence pour rien… Brrr.

Mais ce que j’ai le plus aimé dans ce livre, c’est qu’on voit la guerre, la société afghane à travers les yeux des femmes. Les femmes, qu’on considère comme inférieurs aux hommes, se battent pour leurs droits et leur liberté. On peut voir la dégression des libertés accordées aux femmes, allant de l’éducation des filles jusqu’à l’interdiction de toutes libertés, alors dictées par leur mari (« ce qu’un homme fait chez lui ne me regarde pas »). On peut le voir aussi avec l’importance du sexe du bébé : Rachid voulait absolument un garçon ; avoir une fille était inconcevable. Si la condition de la femme a bien changé, ce n’est pas le cas partout, et on a besoin de cette piqûre de rappel.

J’ai aussi beaucoup aimé les personnages de Mariam et de Laila. Ce sont des personnages attachants, on éprouve beaucoup de sympathie pour elles, et on les comprend. Prévoyez les mouchoirs, parce que ce roman va vous faire pleurer ! Et j’ai aussi aimé le personnage de Tariq pour ce qu’il représente : les handicapés. Je sais que le troisième livre de Khaled Hosseini porte aussi sur ce sujet : sur les ONG qui donnent des prothèses aux enfants qui ont perdu un membre à cause des mines et de la guerre. C’est un aspect important à développer, parce qu’on ne sait pas le quotidien de ces enfants.

Ce livre est poignant, lourd d’histoire et de drames. C’est un des livres qui m’a le plus marqué. Et c’est assez rare de lire des livres de ce genre, qui se focalisent sur autre chose que le monde occidental. J’avais aimé des livres sur l’histoire de l’Argentine (notamment avec Mapuche de Caryl Férey et Argentina Argentina de Christophe Léon), et sur l’histoire du Guatemala (Orphelins de sang de Patrick Bard) mais jamais sur l’Afghanistan, avant Les Cerfs-volants de Kaboul. Ça change et ça me plaît (si toi aussi tu as eu la chanson de Renaud en tête (Manhattan Kaboul) félicitations !).

Bref, c’est un livre à avoir sur vos étagères !

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